Le Statut de l’enfant dans le Coran et dans la Sunna – Colloque “l’enfant en droit musulman” La Cour de Cassation – Paris, le 14 janvier 2008
Le Statut de l’enfant dans le Coran et dans la Sunna – Colloque “l’enfant en droit musulman” La Cour de Cassation – Paris, le 14 janvier 2008
Le Statut de l’enfant dans le Coran et dans la Sunna
Par NOKKARI Mohamad.
L’Islam en tant que religion et législation veille à la protection de la famille considérée comme l’unité de base de la société humaine. Au centre de la vie familiale, l’enfant reçoit un intérêt tout particulier de la part de l’Islam vue qu’il est le plus vulnérable et assujetti à des maltraitances et de violences tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la cellule familiale.
Le statut de l’enfant en Islam pour être compris ne peut pas se limiter aux seuls textes du Coran. Ce texte sacré, offre un aperçu général et sommaire de la conduite à tenir vis-à-vis de l’enfant : garantir sa vie, subvenir à ses besoins affectifs et matériels, protéger son corps, sa moralité et ses biens contre les agissements de ceux qui exercent l’autorité sur lui, veiller sur son éducation, etc. Ce sont des principes généraux auxquels les juristes font appel pour élaborer des lois destinées à être appliquées dans la vie sociale des musulmans. La Sunna ou tradition du Prophète vient s’ajouter au Texte Coranique pour l’expliquer, l’interpréter, le préciser ou encore le compléter.
Du point de vue de la science des sources du droit musulman, le Coran et la Sunna sont considérés comme les seules sources principales, authentiques et infaillibles ayant une autorité absolue sur les quelles s’appuient les autres sources auxiliaires liées aux activités intellectuelles des jurisconsultes musulmans.
Le Coran est le livre sacré des musulmans. C’est la parole de Dieu même. L’expression exacte de la parole divine dans la matérialité des mots, des syllabes, des sons. Il contient un ensemble de dispositions recouvrant le domaine dogmatique, le domaine de la pratique cultuelle, le domaine des valeurs morales, et le domaine juridiquo-social. Ce dernier domaine est réparti dans cinq cent versets qui touchent plusieurs formations du droit.[1]
La Sunna désigne sur le plan stricto sensu, la conduite permanente du Prophète qui consiste : soit en une parole, soit en un acte, soit en un silence[2]. Elle est constituée d’un ensemble de paroles du Prophète transmises par une chaîne ininterrompue des rapporteurs de telle manière qu’il est impossible qu’ils se soient concertés pour convenir d’un mensonge. La Sunna lorsqu’elle est authentique peut interpréter et limiter le champ d’application des dispositions coraniques. Prenons un exemple : le verset coranique qui détermine la part de l’héritage qui revient aux enfants sans distinction si l’un d’eux commet un meurtre d’un de ses parents[3]. Or une parole du Prophète exclut de l’héritage toute personne qui commet un tel crime[4]. Dès lors qu’on fait prévaloir cette parole sur le verset coranique en sa qualité de sunna qui spécifie et précise le champ d’application du Coran.
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Le mot enfant :
Pour commencer notre thème il est préférable de préciser tout d’abord ce que nous entendons par enfant selon la terminologie islamique.
Le Coran utilise plusieurs termes pour désigner l’enfant:
- le mot walad ولد au pluriel awlad أولاد est souvent utilisé indifféremment pour les deux sexes.
- Il en est de même pour Tifl طفل [5] pluriel atfal أطفال. Le coran n’a pas utilisé cependant le féminin tiflah.
- le mot sagir صغير pluriel sigar صغار, de son féminin sagirah صغيرة désigne l’enfant en bas âge.
- le mot sabiy[6], pluriel sobian qui signifie « jeune ».
- Ibn إبن pluriel abna أبناء désigne la progéniture masculine, alors que bintبنت pluriel banat بنات désigne la progéniture féminine.
- Zurriya ذرية, désigne les descendants en générale
A côté de ces mots, il existe des adjectifs qui désignent spécifiquement l’enfant comme le fait de mentionner son état d’orphelin yatimيتيم , ou qu’il est allaité رضيع ou qui n’est pas pubère وَالَّذِينَ لَمْ يَبْلُغُوا الْحُلُمَ مِنكُم ْ, ou qu’il a atteint l’âge de discernement ou la majorité حَتَّىَ إِذَا بَلَغُواْ النِّكَاحَ فَإِنْ آنَسْتُم مِّنْهُمْ رُشْدًا فَادْفَعُواْ إِلَيْهِمْ أَمْوَالَهُمْ
L’enfant est celui qui depuis sa naissance et jusqu’à sa majorité, passe par les trois étapes suivantes :
- De la naissance jusqu’ à l’âge de sept ans
- De l’âge de sept ans jusqu’ à l’âge de la puberté, appelé « l’âge de discernement »
- De l’âge de la puberté jusqu’à l’âge de la majorité
A ces étapes on ajoute la période qui débute avec la conception de l’enfant, lorsqu’il est fœtus et jusqu’à sa naissance, étant donnée les dispositions relatives aux fœtus font prévaloir sa qualité d’être humain qui peut acquérir des droits. [7]
La minorité de l’enfant cesse par deux manières :
- Par la puberté qui est déterminée par l’apparition des signes extérieurs et la capacité physique de l’enfant d’avoir des rapports sexuels (dans le cadre légale du mariage). L’âge minimal de la puberté ne doit pas être inférieur chez le garçon à 12 ans et chez la fille à neuf ou et à dix ans (selon l’opinion des écoles).
- Par l’âge maximal supposé de la puberté : au cas où les signes extérieurs de la puberté font défaut, on suppose que l’enfant n’est plus mineur à un âge déterminé. La majorité des écoles jurisprudentielles fixe cet âge à quinze ans tant pour les garçons que pour les filles. Leur argumentation est tirée de la sunna selon laquelle le fils d’Omar vint un jour voir le Prophète pour être autorisé à défendre la ville de Médine contre les attaques des païens mecquois, le Prophète ne lui est pas autorisé en raison de son âge ne dépassant pas les 14 ans. Un an après le Prophète lui permet de combattre les ennemis mecquois. Les jurisconsultes concluent qu’à l’âge de 15 ans la personne est supposée franchir l’étape de l’enfance pour rentrer dans celui de l’adulte.
L’école jurisprudentielle Hanafite (qui a été l’école officielle de l’Empire Ottoman pendant 4 siècles) soutient que si les signes extérieurs de la puberté ne se manifestent pas chez le mineur on suppose qu’il émancipé à dix huit ans s’il s’agit d’un garçon et à dix sept ans s’il s’agit d’une fille. Les hanafites s’appuient sur le commentateur du Coran Ibn Abbas en interprétant le verset coranique[8] qui permet l’administration des biens des orphelins jusqu’ à ce qu’ils atteignent l’âge de «la pleine majorité oula pleine maturité » qui selon le célèbre Ibn Abbas est de celle de 18 ans.
Le statut de l’enfant pourrait être ainsi élucidé à la lumière des étapes que traverse l’enfant jusqu’à son émancipation. Une parole célèbre qu’on attribue au Prophète souligne que lors des premiers sept ans de l’enfant, ses parents doivent le câliner, pendant les sept ans suivant ils doivent l’éduquer, passé encore sept an ils doivent le prendre comme ami, et ensuite ils doivent lui donner son autonomie.
Au lieu de parler d’un seul statut de l’enfant il vaut mieux de parler de plusieurs statuts qui se différencient à chaque étape de la vie de l’enfant. Les deux textes divins vont encore plus loin lorsqu’ils mettent en avance une série de dispositions qui précède la vie de l’enfant et qui l’accompagne à travers sa vie dans le ventre de sa mère jusqu’à son émancipation.
- L’enfant avant sa naissance :
En se référant à des données génétiques, le Coran évoque la création de l’enfant d’une combinaison de liquide qui accueille des traits physiques et psychiques de son père et de sa mère. De là une responsabilité qui incombe tant au père qu’à la mère de bien choisir chacun son partenaire puisque de ce choix dépend les caractéristiques génétiques de leurs enfants. Soucieux de ce choix plusieurs paroles du Prophète conseillent aux futurs époux de bien réfléchir avant de se lancer dans leurs engagements de vie commune. Or, l’enfant qui va naître a un droit vis-à-vis de son futur père qui est de bien choisir sa future mère, déclare le Prophète. Une de ses paroles conseille aussi à l’homme de choisir pour sa progéniture une ligné génétique loin de sa ligné afin que ses descendants ne soient pas appauvris par les mariages entre proches (ce qu’on appelle la consanguinité).
La femme est choisie pour sa beauté, sa lignée, sa richesse, et sa droiture, elle doit être plutôt choisie en raison cette dernière qualité, déclare aussi le Prophète. L’homme désirant le mariage doit aussi prendre en considération la joie qui lui procure le fait de regarder sa femme, indication faite à sa beauté. Pareille suggestion à la femme lors de son choix du futur mari, tout en insistant sur la priorité de la qualité de droiture qui aboutit à des qualités de moralités et de religiosité. Cette préoccupation s’explique par le souci de la transmission à l’enfant des qualités physiques mais aussi et surtout des qualités morales évidentes.
Dans ce cadre visant la sauvegarde du droit de l’enfant futur, l’Islam interdit l’adultère. Les commentaires des versets coraniques qui parlent de l’adultère mettent l’accent sur le danger d’avoir dans la société des enfants privés de la vie familiale normale, donc privé de la tendresse et de la bonne éducation.
- L’enfant fœtus (de la conception à la naissance) :
L’intérêt manifesté pendant ce premier passage à la vie se traduit par la reconnaissance du droit de fœtus à poursuivre son évolution normale jusqu’à l’échéance de sa sortie au monde. Pour assurer cette vie, l’avortement sera strictement interdit même en cas du viol, excepté s’il a été pratiqué avant cent vingt jours pour des motifs valables ou à tout moment lorsqu’il met en danger la vie de la mère. Toute atteinte physique à sa vie engage la responsabilité de l’agresseur même si cet agresseur est son propre père ou sa propre mère. Le prix du sang ou les dommages et intérêts fixés par la Sunna seront exigés si le fœtus vient de mourir dans le ventre de sa mère et seront fortement élevées si le fœtus vivant et bien formé meurt après sa sortie.
De même on reconnait au fœtus dès l’instant de sa procréation un droit à la possession de biens comme le droit à la succession, au testament, et aux bénéfices des biens wakfs.
Il rentre dans ce domaine aussi l’intérêt que le Coran et la sunna accordent à la mère enceinte en lui assurant la pension alimentaire et un traitement avec honneur et distinction que le Coran évoque avec éloquence et beauté sublime à plusieurs reprises. Elle sera aussi exempte de certaines obligations cultuelles comme le jeûne au mois de ramadan.
- L’enfant dès la naissance à l’âge de sept ans
Le Coran mentionne à plusieurs reprises la place qu’occupe l’enfant dans la vie sentimentale de ses parents, il est considéré comme la parure de la vie de ce monde. Cependant de toutes les générations et dans la plus part des cultures le traitement et le partage des sentiments ne sont pas les mêmes entre les garçons et les filles.
Il est utile de souligner ici la pratique qui était en vigueur en Arabie antéislamique lors de la naissance des filles allant même à les faire enterrer vivantes. Un verset Coranique mentionne bien cet état de fait en disant :
” Lorsqu’on annonce à l’un d’eux la naissance d’une fille, son visage s’assombrit, il suffoque, il se tient à l’écart, loin des gens, à cause du malheur qui lui a été annoncé. Va-t-il conserver cette enfant, malgré sa honte, ou bien l’enfouira-t-il dans la poussière ? Leur jugement n’est t-il pas détestable “.
Dès le début le Coran a condamné avec extrême rigueur l’infanticide et les sentiments abaissants et humiliants envers les filles. Dans la Sunna nous trouvons aussi plusieurs paroles mentionnant ces pratiques condamnables et la position du Prophète en faveur des filles. Au moment de l’annonce du Prophète à ses compagnons la naissance de sa fille fatima, il a remarqué qu’ils étaient devenues muets et attristés par la nouvelle, il leur a dit en parlant de sa fille : c’est une fleure que je sens”. D’autres textes de Sunna vont encore plus loin en privilégiant les descendances féminines qui assurent à leurs parents de récompenses divines dans ce monde et dans l’au-delà.
L’enfant dès sa naissance a du droit imprescriptible à une filiation. Cette filiation est reconnue suite à un mariage légal même s’il est entaché d’un vice, La filiation est attribuée aussi par la reconnaissance de la paternité ou la preuve. Si l’adoption est interdite néanmoins l’enfant pouvait être confié à la famille par le biais du kafaleh qui permet à l’orphelin ou un enfant naturel d’être à la charge d’une famille d’accueille jusqu’ce qu’il soit autonome. Toute fois l’enfant doit conserver le nom de ses parents biologiques comme précise le Coran, et ne doit pas prétendre à une part de succession de ses parents d’accueils. Il est souhaitable cependant que ses parents qui assument sa charge lui fassent des dons en espèce ou en nature en lui léguant par testament une partie de l’héritage, sans toutefois dépasser le tiers de la succession. Les textes de Sunna qui encourage cette institution sont nombreux et accordent à celui qui la pratique des récompenses divines énormes à tel point qu’il aura sa place au paradis à côté du Prophète même.
L’enfant a le droit aussi d’avoir un prénom qui ne lui porte pas de préjudice moral. La Sunna considère l’attribution d’un joli prénom comme un droit de l’enfant à ses parents. Le Prophète changeait souvent les prénoms des enfants de ses compagnons qui portaient confusions aux noms des animaux ou des objets méprisés.
A la naissance de l’enfant l’Islam prescrit la circoncision pour les garçons. Cette pratique qui trouve son origine dans les textes de Sunna n’a pas fait l’unanimité chez les jurisconsultes. Certains d’entre eux ont confirmés que le circoncisons est un acte recommandé et non pas obligatoire. Pour d’autres il est obligatoire au même titre que les autres devoirs religieux. Cette pratique concerne aussi les filles pour certains, bien que la majorité confirme qu’il est tout simplement conseillé pour la dignité de la fille, sauf un avis médicale contraire. La circoncision bien qu’il est considéré comme tradition abrahamique néanmoins la sunna la place parmi les cinq actes liés à la propreté originale qui se trouve dans la nature de l’homme : la circoncision, l’enterrement des morts, l’épilation de l’aisselle, tailler es angles et raser la moustache.
L’allaitement maternel fait aussi partie des devoirs de l’enfant envers sa mère. Le Coran mentionne ce droit à plusieurs reprises et fixe la période de l’allaitement complète à deux ans : “Les mères qui veulent donner à leurs enfants un allaitement complet, les allaiteront deux années entières”, précise le Coran. L’enfant a aussi le droit à la nourriture, à l’habillement et au logement : “le père doit assurer leur nourriture et leurs vêtements conformément à l’usage confirme le Coran, et poursuit : ” Mais chacun n’est tenu à cela, que dans la mesure d ses moyens. La mère n’a pas à subir de dommage, à cause de son enfant, ni le père à cause de son enfant”.
L’enfant a aussi le droit à la garde qui lui assure une protection matérielle et psychologique. Il s’agit d’un devoir que doit accomplir sa mère jusqu’au certain âge de l’enfant ou jusqu’à sa majorité selon l’avis des écoles jurisprudentielles. L’appartenance de la mère à une religion outre que l’Islam n’a aucun effet sur le droit de garde de son enfant même si le mari est un musulman. A défaut de la mère on privilégie les ascendants maternels de la mère sinon ce droit revient au père ou à ses ascendants maternels.
L’Islam donne aussi à l’enfant le droit de se reposer et de se consacrer à ses loisirs. Les parents doivent l’aider et l’encourager. La Sunna souligne que le Prophète était un jour entrain de jouer avec ses deux neveux, un compagnon lui dit qu’il avait dix enfants et jamais ne les a embrassé, le Prophète lui répond et quoi faire si Dieu a enlevé la tendresse de ton Cœur, celui qui n’a pas de la tendresse ne recevra de la tendresse de la part des autres. A ce sujet le Prophète encourageait les parents à acheter des jeux pour leurs enfants en précisant d’avoir le même traitement avec tous les enfants, mais en les conseillant de commencer tout d’abord avec les filles.
L’Islam prescrit donc l’égalité du traitement entre les frères et les sœurs. Il n’est pas permis à un individu de faire une donation à l’un de ses enfants, à moins d’en faire autant à chacun d’eux, ni de favoriser un garçon sur une fille. Un texte tiré de la sunna raconte qu’un jour « un homme était assis en compagnie du Prophète lorsque son fils vint auprès de lui : il l’embrassa et le fit asseoir sur ses genoux. Vînt ensuite sa fille, il la prit et l’assit à côté de lui. Alors le Prophète lui dit : « Tu n’as vraiment pas été équitable. » Le traducteur note que « non seulement il n’a pas embrassé sa fille comme il avait embrassé son fils, mais encore, il ne l’a pas prise sur ses genoux : il lui a donc montré moins de tendresse. ».
- L’enfant dès son jeûne âge à l’âge de sa puberté :
L’enfant doit être préparé à partir de cet âge à être une personne responsable. Dès ses 7 ans, commence véritablement la socialisation de l’enfant, qui découvre qu’il doit se plier aux règles de la vie en société et respecter autrui ». Son action sera déterminée au fil des années par l’éducation de ses parents qui seront appliqués à lui soumettre des règles de conduite respectant sa religion et les valeurs morales de la société islamique.
Le premier droit de l’enfant de cette période est son droit à l’enseignement. Les versets coraniques et les textes de la Sunna sont nombreux à faire prévaloir l’enseignement à toute autres chose y compris celles qui le laisse se consacrer uniquement à ses dévotions religieuses. Une de ses paroles prescrit l’enseignement à tout homme et à toute femme même s’ils doivent aller en Chine pour apprendre. Il dit aussi « Les anges se soumettent à celui qui cherche à apprendre une science, le savant vaut mieux que celui qui se consacre à l’adoration de Dieu, Sa place est comme la lumière diffusée par la pleine lune par rapport aux lumières des autres planètes. Les cieux, la terre et toutes les choses et mêmes les baleines dans l’eau implorent le pardon aux savants. » Les commentaires de cette parole explique que l’adoration consacrée à Dieu profite à celui qui l’accomplit, tan disque la science du savant se rayonne à toute l’humanité. Dans une autre parole le Prophète met l’accent sur le droit des enfants à l’enseignement car ils sont destinés à une époque qui est différente de l’époque de leurs parents.
Il en est de même pour les exercices sportifs. Le Prophète favorisait la nage, le tire à l’arc et l’équitation. Il lui est arrivé un jour de s’introduire dans une compétition de tirs à l’arc entre petits enfants, il a participé avec les deux camps en leurs disant, tirez les enfants d’Ismaël (fils de patriarche Abraham dont les arabes se rattachent génétiquement) votre ancêtre (Ismaël) était un lanceur d’arc.
Vient ensuite la préparation de l’enfant à accomplir ses pratiques religieuses comme la prière et le jeûne. Une parole du Prophète mentionne « Ordonnez à vos enfants de faire la prière lorsqu’ils atteignent leur septième année ; et contraignez-les à la faire lorsqu’ils atteignent l’âge de 10 ans ; Donnez-leur aussi des lits séparés »
L’éducation morale de l’enfant est exigée à cet âge là. Le Coran impose des règles de politesse et de discrétion, afin de protéger la vie intime de chacun. De façon plus spécifique, le Coran leur interdit d’entrer chez autrui sans avoir demandé la permission au préalable. Pour ce qui est des enfants, « le Coran leur accorde une certaine tolérance, mais non une exemption. De même la façon de manger, de boire, de se purifier, de marcher et de parler a des références dans le coran et la Sunna.
En définitive, la sourate qui concentre le plus de versets relatifs à l’éducation des enfants, est la sourate, intitulée sourate Loqman, d’après le nom d’un Sage de temps anciens, descendant d’Abraham probablement[9], Cette sourate nous rapporte donc l’enseignement que Loqman dispensait à son fils.
Le premier enseignement qu’il lui donne après de rendre à Dieu un culte pur, est d’être reconnaissant envers Dieu et ainsi qu’envers ses parents. Or ” Sa mère le porte dans son sein en endurant peine sur peine, et il n’est sevré qu’au bout de deux ans. Toutefois, s’ils t’importunent pour que tu m’associes quelque chose dont tu n’as pas une science certaine, ne leur obéis pas, mais comporte-toi envers eux, dans ce monde, en honnête compagnon.
Ensuite, Loqman fait remarquer à son enfant que Dieu est attentif et bien Informé de tout ce que nous faisons : L’enfant doit donc apprendre à bien se comporter, non pas de peur que ses parents ne le punissent, mais par respecter à Dieu « Qui voit tout » : ” Ô mon enfant, fût-ce le poids d’un grain de moutarde, au fond d’un rocher, ou dans les cieux ou dans la terre, Allah le fera venir. Dieu est infiniment Doux et Parfaitement Connaisseur.”
Loqman poursuit ses recommandations qui portent essentiellement sur le bon comportement en société, en disant à son enfant de faire la prière et de bien se comporter tout en lui enseignant la modestie : ” Ô mon enfant, accomplis la prière, commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute entreprise. Et ne détourne pas ton visage des hommes, et ne foule pas la terre avec arrogance: car Dieu n’aime pas le présomptueux plein de gloriole. Sois modeste dans ta démarche, et baisse ta voix, car la plus détestée des voix, c’est bien la voix des ânes.”
Les versets qui suivent, incitent l’enfant à observer la nature autour de lui : « Ce sont autant de bienfaits de la part de Dieu » Et ils l’incitent aussi à avoir une attitude scientifique, c’est à dire à se fier à ses propres observations et à ne surtout pas écouter ceux qui donnent leur opinion sur un sujet qu’ils ne maîtrisent pas : Ne voyez-vous pas que Dieu vous a assujetti ce qui est dans les cieux et sur la terre ? Et Il vous a comblés de Ses bienfaits apparents et cachés.”
Tels sont les bases de l’éducation que les parents doivent les inculquer à leurs enfants tant à l’intérieur de leurs sociétés d’origine que dans leurs sociétés d’accueilles. Une Parole du Prophète s’adresse à cette catégorie : “Vous allez partir chez vos frères. Prenez soins de votre outils de transport et de vos vêtement afin que vous soyez comme une graine de beauté parmi les gens”.
- L’enfant dès sa puberté à sa majorité.
L’enfant dès sa puberté devient une personne responsable de ces actes. Une parole du Prophète stipule : ” « Trois catégories de personnes sont exemptées de toute responsabilité :
- l’individu qui est en état de sommeil jusqu’à ce qu’il se réveille ;
- l’aliéné jusqu’à ce qu’il soit guéri ;
- l’enfant jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de puberté »
Il doit à cet âge accomplir ses devoirs religieux, poursuivre son enseignement, agir de la meilleure façon avec ses parents, de tel sorte qu’il lui est défendu de s’adresser à eux par un seul mot désagréable au risque d’aller à l’encontre de l’enseignement du Coran qui dit : ” Ton Seigneur t’ordonne (.) La bienfaisance pour les auteurs de tes jours. Soit que l’un d’eux ait atteint la vieillesse ou qu’ils y soient parvenus tous les deux, garde-toi envers eux de tout signe d’irrévérence ou de répulsion. Ne leur tiens qu’un langage des plus respectueux. Incline-toi humblement par tendresse pour eux, et adresse au ciel cette prière : « Seigneur, fais éclater Ta Miséricorde pour ceux qui m’ont élevé pendant mon enfance”.
Le pubère doit aussi savoir qu’il doit se soumette aux lois de la société et les règles de la politesse. Le Coran mentionne : “Quand les enfants atteindront l’âge de puberté, ils devront, avant d’entrer chez vous, s’y faire autoriser à l’instar des adultes. Une parole du Prophète explique la signification de ce verset : « Demander la permission, c’est frapper à la porte ou appeler et attendre une réponse. Il est permis de frapper ou d’appeler à 3 reprises après quoi, si l’on n’obtient pas de réponse, il est de bonne manière de s’en aller.”
Le mineur arrivant à l’âge de la puberté peut administrer ses biens s’il a la capacité intellectuelle et une bonne maturité. Si cette maturité lui fait défaut, ses parents continuent à l’administrer de la meilleure façon jusqu’à sa majorité. Le Coran mentionne le cas de l’orphelin devenu majeur : ” Eprouver la capacité des orphelins jusqu’à ce qu’ils atteignent l’aptitude au mariage, et si vous ressentez en eux une bonne maturité, remettez leur leurs biens.”
Le pubère peut aussi se marier. Son père doit lui assurer les dépenses de ce mariage. Le prophète compte le mariage de l’enfant parmi les devoirs qui incombent au père avec le droit à un joli prénom et le droit à l’enseignement.
La fille pubère a aussi au même titre que le garçon le droit d’administrer ses biens et devient responsable de tous ses actes. Cependant certains jurisconsultes ne lui donnent pas le droit de contracter par sa propre volonté un mariage au moins que son père ne l’autorise. De même que son père ne peut pas la forcer à se marier avec une personne sans son consentement. D’autres juristes comme ceux de l’école hanafite donne ce droit uniquement à la fille même sans le consentement de son père en se référant aux plusieurs versets coraniques qui évoquent le mariage ou le divorce en s’adressant à la femme même et non pas à son père. La Sunna venait confirmer selon ces jurisconsultes la thèse de sa liberté en ce domaine en s’appuyant sur la parole du Prophète qui dit que la fille célibataire a le droit plus que son père à se marier”.
Tel est le statut de l’enfant comme apparait dans les divers versets du Coran et dans les textes de la Sunna. Si on écarte les références religieuses de ce statut nous pouvons constater quelques similitudes avec le statut de l’enfant dans les pays laïques. Cependant des divergences subsistent toujours entre ces divers statuts, surtout dans le domaine de la légalisation des rapports hors mariage et la reconnaissance des enfants naturels.
Le respect de ce statut dans les pays musulmans n’est pas toujours la règle. Très souvent les coutumes locales prennent le pas sur les commandements de la religion et sur le droit de l’enfant à l’enseignement, à l’éducation, à la propreté, à la santé..etc. Les filles sont souvent maltraitées et opprimées surtout dans les villages reculées. Un retour à l’esprit de la religion telle qu’elle a été fondée sur l’amour et la protection des plus faibles, et une réflexion moderne sur le droit de l’enfant dans la société actuelle est un souhait à réaliser dans les pays du Moyen-Orient.
[1] Le nombre des dispositions juridiques dans le Coran se lève à 500 versets répartis en 7 formations :
- Les dispositions relatives aux statuts personnels (70 versets) comme le mariage, le divorce, la succession, le testament et la tutelle.
- Les dispositions d’ordres civiles (70 versets) comme le contrat de la vente, de la location, de l’hypothèque, du mandat.
- Les dispositions d’ordre pénales (30 versets) comme les crimes et leurs sanctions.
- Les dispositions d’ordres judiciaires (13 versets) comme le témoignage et les preuves.
- les dispositions constitutionnelles (10 versets).
- Les dispositions en matière du droit international (25 versets).
- Les dispositions économiques et financières (10 versets).
[2] Le silence est considéré comme un état de fait aussi expressif que l’acte
[3] -” Voici ce que Dieu vous enjoint au sujet de vos enfants : au fils, une part équivalente à celle de deux filles.” (Sourate al Nissae, verset 11.)
[4] – le meurtrier n’a pas le droit à la succession.
[5] Le mot tifl désigne plus tôt l’enfant en bas âge. Le droit de l’enfant est traduit en arabe par houqouq al tofol.
[6] Les ouvrages du droit musulman introduit généralement un chapitre sur le Sabiy qui est l’enfant jeune qui n’a pas encore atteint l’âge de la puberté.
[7] وهبه الزحيلي – الفقه الإسلامي أدلته – الجزء الرابع ص 2967
[8] “N’approchez les biens de l’orphelin que de la plus belle manière jusqu’à ce qu’il atteigne sa pleine majorité”. Le Coran, les bestiaux, verset 152
[9] . Lokman est un personnage cité par le Coran comme symbole de piété et de sagesse. La tradition la plus accrédité rapporte que c’est un Nubien de la haute Egypte. Les uns disent que ce fut un Prophète, d’autres disent que ce fut un sage.