Cheikh Mohammad Nokkari…..Un descendant de Khaled Ben el-Walid L’Hebdo Magazine, 25 mars 2010
Cheikh Mohammad Nokkari…..Un descendant de Khaled Ben el-Walid L’Hebdo Magazine, 25 mars 2010
Cheikh Mohammad Nokkari…..Un descendant de Khaled Ben el-Walid
Il est sans contexte le Libanais qui représente le mieux le dialogue des religions, l’ouverture vers autrui. L’ancien directeur de Dar al-Fatwa, qui a quitté son poste pour poursuivre son rêve et faire de l’Annonciation un jour de Fête nationale, termine invariablement ses courriers par un slogan qui le résume bien : « Vaut mieux perdre ses honneurs que perdre sa conscience ». Magazine a rencontré cheikh Mohammad Nokkari, un homme d’exception.
Jusqu’à l’âge de 9 ans
Jusqu’à l’âge de 9 ans, le jeune Mohammad Nokkari, qui a grandi dans une famille très peu pratiquante, n’était pas particulièrement interpellé par la religion. Il ne se souvient pas avoir vu ses parents prier, ni pratiquer l’islam de manière rigoureuse… Aussi, quand il demande, après la classe de sixième, à s’inscrire dans une école religieuse, il se heurte à leur incompréhension, voire leur refus.
Sûr de son choix, le jeune garçon s’entête et se fait inscrire, à 10 ans à peine, à l’école complémentaire al-Azhar, rattachée à Dar al-Fatwa.
L’appel de la religion s’est fait par hasard, un soir de pleine lune, lors d’un camping familial en Syrie, dans les alentours de la ville d’Alep, dont sa mère, descendante du principal général du prophète Mahomet Khaled Ben el-Walid, est originaire.
Prédicateur à 12 ans
Cheikh Nokkari se souvient avoir vu « un spectacle terrifiant » : des milliers de constellations, des étoiles filantes dans le ciel clair d’une nuit d’été. Le jeune homme s’interroge alors sur le Créateur de l’univers, et se pose des questions existentielles : qui suis-je, d’où viens-je, où vais-je ?
Il se dit alors que son choix se résume à une alternative : soit des études scientifiques, soit religieuses, les deux pouvant l’aider à comprendre l’essence du monde. Il choisit donc le cursus religieux en bravant l’avis parental, et là, ce n’est pas du tout un long fleuve tranquille ! Le jeune homme se dispute avec ses enseignants, auxquels il reproche un trop grand classicisme, il doute de l’existence de Dieu, se pose et pose mille et une questions.
L’enfant s’affirme, sort du lot, fait preuve de courage et surtout de curiosité. Il réintègre sa croyance par conviction seulement, et à partir de là, plus rien ne semble devoir l’arrêter sur le chemin de la spiritualité, une spiritualité éclairée, ouverte sur son prochain.
Adolescent charismatique et sûr de son art, il ose remplacer le prédicateur de la petite mosquée du Akkar, où les enfants sont emmenés un vendredi. Il a 12 ans seulement…
Cheikh Mohammad Nokkari reconnaît que le mariage civil n’est pas une institution contraire à l’islam, mais plutôt aux religions chrétiennes.
Cependant, il comprend parfaitement que, pour des raisons religieuses d’abord et géopolitiques ensuite, le mariage civil fasse peur aux chrétiens. À cause du nombre en hausse des communautés musulmanes, l’institution pourrait amener à affaiblir les chrétiens.
Or, le projet qu’il propose est assez audacieux, en tout cas inédit : il s’agit d’instaurer un mariage religieux « optionnel ».
C’est-à-dire, d’abord, instaurer un système de livret de famille pour chaque Libanais, dans lequel tous les aspects de son statut personnel sont retranscrits au fur et à mesure.
Dans la partie consacrée au mariage, il y aurait la possibilité, pour chaque personne, de choisir la loi appelée à en régir les effets.
Ainsi, un catholique qui épouserait une maronite peut s’entendre avec elle à l’avance sur le régime légal qui régira leur union.
De même, deux époux sunnites pourraient, dans le cadre d’une telle législation, soumettre leur mariage et surtout leur succession au régime légal chiite, etc.
Cheikh Nokkari compte présenter un projet tangible aux autorités en ce sens : un pas de plus vers l’éradication des murs entre les religions, et surtout vers la désacralisation des tabous.
Formation et études
Cheikh Nokkari reconnaît aujourd’hui ne pas avoir été un adolescent comme les autres, toujours et presque exclusivement intéressé par les questions culturelles, en perpétuelle recherche de soi et en quête continue de Vérité.
Il continue ses études entre 1973 et 1978 en Égypte, à l’Université al-Azhar, où il obtient un double diplôme de droit et de droit musulman.
Parfait francophone, il obtient une bourse d’études pour Paris II Assas, où il cumule un DEA de droit public, un autre de sciences politiques, et enfin, en 2005, un Doctorat de droit public, autour du thème « les institutions religieuses au Liban ».
Dans la peau des autres religions
C’est à la cité universitaire que Mohammad Nokkari fait la connaissance d’une Bretonne, Elisabeth : elle deviendra son épouse, malgré la difficulté, au début, qu’ont ses beaux-parents d’accepter que leur fille épouse un musulman. C’est son époux qui ramènera la jeune femme à la religion, dont il dit qu’elle était éloignée à la date de leur rencontre.Il étonne ses beaux-parents en leur parlant du Christ, de la Vierge Marie, et de son amour pour eux ! Mais pour cheikh Nokkari, il n’y a là aucune contradiction : « Je me mets dans la peau des autres »
Parfait francophone
Cheikh Nokkari obtient une bourse d’étude Paris II Assas, où il cumule un DEA de Droit public, un autre de Sciences politiques et, en 2005, un Doctorat de Droit public, autour du thème « Les institutions religieuses au Liban ».
L’Hebdo Magazine, 25 mars 2010 — www.magazine.com.lb