COLLOQUE A BACOU AZERBAïDJAN
COLLOQUE A BACOU AZERBAïDJAN
Je commencerai mon intervention en posant La question suivante : pourquoi depuis la chute de l’empire soviétique, on ne parle plus de « guerre froide » mais de « choc des civilisations » ? La fin des deux blocs monde démocratique et libre face à un monde totalitaire communiste, n’a pas donné naissance à un monde unifié mais à une nouvelle rupture basée sur des concepts religieux où les guerres sont menées au nom du Dieu. Qui a ressuscité les anciennes sectes islamiques extrémistes comme les assassins et les kharijites pour justifier ensuite une ingérence de plus en plus ressentie dans les pays du Moyen Orient ?
Au lieu de parler de guerres de religions, ne vaut-il pas mieux parler de guerres politiques, économiques et géostratégiques. Ne devrions pas savoir que derrière le discours religieux fanatique se cache un véritable combat pour la domination du monde. Ne devrions-nous pas pointer le doigt vers les grands manipulateurs du monde qui pour défendre leurs intérêts politiques économiques et géostratégiques n’hésitent pas à faire avec une habilité extrême de Dieu clément et miséricordieux un Dieu destructeur, oppresseur et vengeur ? de nous faire croire aussi que le fait de tuer une personne est un crime impardonnable alors qu’exterminer un peuple innocent devient un crime douteux….
Si le système libanais se représente en tant que système « suis généris » qui est un terme juridique latin mettant l’accent sur son originalité pour dire qu’il est le seul à son propre genre, c’est parce qu’il a trouvé la formule magique de la mise en œuvre d’un système de vie commune entre musulmans et chrétiens. Il devient de ce fait selon la formule de Levi Strauss désignant le régime politique né au sein de l’Islam « l’Inventeur de la tolérance au moyen Orient ». Sans oublier les mots éternels lancés par le Pape Jean Paul II : « Le Liban est plus qu’un pays, est un MESSAGE. »
Je citerai quelques exemples vécus au Liban et qui font son originalité :
- Pour obtenir une autorisation gouvernementale d’ouvrir une chaine de télévision, une radio FM, même religieuse : musulmans et chrétiens sont associés à son Conseil d’Administration. C’est ainsi que Notre Radio de dar Al Fatwa et futur télévision diffuse les émissions sur le Saint Coran et sur l’Islam comporte des membres aussi bien musulmans que chrétiens.
- Un projet d’enseignement religieux destiné aux écoles est à l’étude actuellement : il réunit dans un seul manuel scolaire de chaque niveau d’études jusqu’au BAC, les textes fondamentaux de l’enseignement religieux chrétiens ou musulmans. S’il s’agit d’un manuel scolaire chrétien une annexe écrite par les musulmans est ajoutée à la fin du livre. Les manuels scolaires musulmans ajoutent de la même manière des annexes écrites par les autorités religieuses chrétiennes.
- Un mode d’enseignement religieux universitaire commun a été mise en place depuis les années 1990 par l’Université jésuite St Joseph. C’est ainsi que les cours religieux sont assurés par une double voix. Imams et prêtres s’alternent dans les mêmes amphithéâtres et dans la même période pour enseigner tous les deux des cours religieux musulmans et chrétiens.
- Des divers organismes islamo-chrétiens sont mis en place pour partager ensemble leur point commun et témoigner leur solidarité dans tous les secteurs de la vie. Dans cet ordre d’idées nous avons créé au Liban il y a cinq ans « La Rencontre Islamo chrétienne pour les hommes d’affaires ». Cette rencontre qui se base sur les textes corniques et les versets des Evangiles partagent les mêmes idées sur le domaine du travail, la responsabilité sociale des entreprises et sur les relations patrons-ouvriers. En 2013 nous avons organisé au Liban la conférence de Beyrouth autour du thème « la finalité humaine de l’économie ». A cette conférence a assisté 400 dirigeants des entreprises venant du monde entier parmi eux deux anciens premiers ministres européens
- Une expérience originale a été lancée par moi et par un chrétien libanais il y a 10 ans au Liban. Partant du fait que les deux textes du Coran et de l’Evangile décrivent presque avec les mêmes mots l’histoire de l’Annonciation, nous avons lancé l’idée un projet de prière commune (Dou’aa invocation) entre musulmans et chrétiens le jour même où l’Eglise fête l’évènement, le 25 mars. Le projet a bien abouti[1]: en présence massive des musulmans et des chrétiens, les cloches de l’église ont sonné avec l’appel à la prière du muezzin, le Coran psalmodié par un religieux musulman a côtoyé la lecture de l’Evangile par un prêtre. Après des chants religieux et des témoignages, la fête a été clôturée par une prière commune (Dou’aa invocation) , lue par les chefs religieux des 17 communautés religieuses musulmanes et chrétiennes. A ma suggestion et à mes multiples appels au gouvernement, le 25 mars a été proclamé en 2010 par le gouvernement fête nationale chômée. Cette expérience, qui commence à s’étendre hors des frontières du Liban, a renforcé les liens communautaires entre musulmans et chrétiens, ouvert la voie à des discussions multiples entre les deux communautés, et fait naître une culture mariale nouvelle dans le monde d’aujourd’hui. Paradoxalement, cette fête de l’Annonciation qui était presque abandonnée dans les églises, redevient pour les chrétiens l’une des plus importantes fêtes.
Le dialogue ne doit pas rester de bonnes paroles mais se traduire par des actes concrets. Nous avons beau prêcher les paroles divines et annoncer que le Seigneur nous aime tous car nous sommes ses enfants, et je m’adresse ici à toutes les religions sans exception, en réalité et en pratique nous n’avons laissé derrière nous, très souvent, que des haines et des murs de séparation virtuels et concrets. Nous avons interprété les paroles divines selon les circonstances et selon nos intérêts personnels, quelquefois égoïstement. Œuvrons donc à appliquer ce que Dieu nous a enseigné, sinon nous devenons à l’image de ceux que l’Evangile a désignés : « observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas ». Le Coran affirme quant à lui : « vous qui croyez, pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas ? C’est une grande félonie, auprès de Dieu, que de parler et de ne pas agir. »[2]
[1] Grace aussi à l’action de M. Nagy Khoury Secrétaire Général de l’Amicale des Anciens de Jamhour, et des membres du comité national du dialogue islamo chrétien au Liban.
[2] Sourate Al Saf verset 3.