L’annonciation Fête islamo-chrétienne au Liban. Colloque Marie dans la tradition religieuse du Moyen-Orient (Université St Joseph – Beyrouth) 25 mai 2011
L’annonciation Fête islamo-chrétienne au Liban. Colloque Marie dans la tradition religieuse du Moyen-Orient (Université St Joseph – Beyrouth) 25 mai 2011
L’annonciation Fête islamo-chrétienne au Liban
Faisant écho à Claude Bernard qui était convaincu que « c’est l’ancien qui nous empêche de comprendre le nouveau » Paul Valéry, dans une fulgurance de visionnaire, a écrit « ce qui gêne l’innovation c’est ce qui existe déjà ». C’est sous la lumière de cette citation que je me penche pour aborder le thème de mon intervention ce soir.
« Ce qui existait déjà » au Liban avant le lancement de cette idée de la fête commune islamo chrétienne autour de Marie était une célébration paroissiale timide ou presque oubliée de la fête de l’annonciation. Les Musulmans sans passer sous silence leur amour pour la Vierge n’étaient nullement pas concernés pour fêter cet évènement, Plus difficilement encore ils n’envisageaient pas la possibilité d’une rencontre avec les chrétiens autour de ce thème.
« Ce qui gênait l’innovation » était la position de quelques autorités religieuses et des parties influentes sur la vie publique libanaise qui étaient méfiantes voir même opposées à cette initiative. Au niveau personnel j’étais contraint à démissionner de mon poste que j’occupais au sein de mon instance religieuse depuis treize ans. Il est vrai que l’innovation trouble d’une manière générale les organisations officielles existantes car elle perturbe leurs habitudes et leurs routines, mais elle finit par être admise et encouragée par la suite.
Le dialogue islamo-chrétien qui était en grande partie théorique et moins fécond a trouvé grâce à cette initiative une porte de sortie pour ne pas s’enfermer à des élites hautement qualifiées. La multiplicité des actions pratiques de cet événement a relancé les efforts de ces hommes de dialogue et les a poussé à extraire des solutions pratiques dans leurs écrits rangés faute de se répéter ou par crainte d’être oublié.
Dans ces conditions difficiles, ou au moins, peu favorables à la célébration commune de cet événement, l’idée de la fête a propagé. Il était donc prévisible qu’elle soit accueillie, par suspicion et méfiance voir contestation opposition, d’une partie minoritaire, par émerveillement et encouragement d’une partie majoritaire des libanais.
Persuadé que Notre sainte Vierge a énormément souffert durant sa vie, je sentais sans cesse que j’étais consolé par sa présence et par les récits de sa vie pendant les moments difficiles et les rejets qui pesaient lourd tant sur ma vie professionnelle que personnelle.
Une question se pose à nous à chaque fois que nous intervenons sur ce thème : Comment cette idée a pris naissance ?
Pour y répondre je me limiterai à mon expérience personnelle :
La Sainte Vierge que je peux désigner sans commettre une faute dogmatique sous le titre de « La Première et la meilleure femme de l’Univers » a été souvent l’inspiratrice de mon action dans le domaine du dialogue islamo-chrétien. Elle est Notre Mère accueillante qui entoure par sa présence spirituelle les hommes et les femmes du monde entier. Donc Marie, la Sainte Marie, n’est pas seulement musulmane, ni chrétienne, elle est universelle. Notre Sainte Marie dépasse de loin par sa présence et l’honneur qui l’entourent notre mère biologique Eve.
Mes interventions qui vont se succéder à ce sujet m’ont laissé persuader de la nécessité qu’une culture mariale commune devrait-être mis en œuvre, propagée et diffusée partout où musulmans et chrétiens vivent ensembles ou côtoient les uns les autres. Cette culture qui réunit les musulmans et les chrétiens autour de la personne de Marie, ne facilite pas seulement le dialogue entre les fidèles des deux religions mais aussi les encourage à respecter les uns les autres voir à les inciter à vivre mieux ensemble.
En France, au Maroc, en Jordanie, en Egypte et puis au Liban je multipliais mes déclarations pour annoncer que rien n’empêche du point de vue dogmatique à ce qu’une fête mariale soit célébrée en commun entre musulmans et chrétiens. A l’époque je pensais plus particulièrement à la fête de l’immaculée conception, plus qu’à l’événement de l’annonciation.
L’histoire de l’annonciation relatée dans les deux textes sacrés : l’Evangile et le Coran est presque identique et parle de l’envoi de l’Ange Gabriel à la Sainte Vierge pour lui annoncer la bonne nouvelle. Celle-ci s’est concrétisée par la naissance sans aucun rapport et liaison intime d’une personne attendue qui est le Messie Jésus Christ.
Les célébrations communes que nous avons organisées à Jamhour étaient d’une grande réussite et allaient au-delà de nos aspirations. Profitant de la présence du comité du dialogue j’ai lancé un appel à ses secrétaires généraux Mohamad Sammak et Hareth Chihab afin de transmettre au gouvernement libanais le souhait de faire de cette événement de l’annonciation une fête nationale commune islamo-chrétienne autour de Marie. Quelques temps après, le gouvernement sous la présidence de Fouad Sanioura a accepté l’idée de la fête commune mais sans la déclarer une fête chômée. L’année suivante profitant de la même occasion j’ai renouvelé l’appel en demandant à ce que cette fête soit chômée. La délégation qui s’est rendue chez le Président du Conseil des ministres Cheikh Saad Hariri était composée de deux ministres Michel Eddé, et Ibrahim Chamssiddin, de M. Sammak, Chihab, Nagy khoury et de moi-même, a été plus qu’honorée par la réponse très positive de M. Saad Hariri. La fête de l’annonciation fête chômé islamo chrétienne est ainsi vu le jour.
Notre contribution dans ce domaine n’a été en grande partie que le fruit de notre appartenance à un pays multiconfessionnel qui est le Liban. Je rends grâce dans ce petit pays à la présence des chrétiens à côté de leurs frères et concitoyens musulmans. Chaque libanais est fier de sentir qu’au fond de lui il y a une partie de l’autre. En tant que musulman je porte en moi partout où je me trouve cette partie chrétienne qui est ancrée en moi et qui est aussi enracinée dans la mentalité collective et individuelle des musulmans libanais. L’exemple concret à cette présence de l’autre est précisément notre action commune à faire de la fête de l’annonciation une fête nationale islamo-chrétienne.