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Les musulmans sunnites

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Les musulmans sunnites

Les musulmans sunnites

 Par delà de connaître la mission prophétique du Muhammad, le critérium d’être musulman est :

  • d’admettre le caractère créé du monde,
  •  de reconnaître l’unité et l’éternité du créateur,
  • de croire que Dieu est souverainement juste et sage,
  • de reconnaître tous les prophètes dont Muhammad est le sceau et  l’envoyé à l’ensemble de l’humanité,
  • de croire que la Loi révélée est toute entière vérité, et que le Coran est la source des dispositions de cette Loi,
  • de reconnaître enfin le caractère obligatoire des cinq prières quotidiennes, de l’aumône légale zakat, du jeûne de ramadan et du pèlerinage à la Mecque.

            Quiconque  professe un semblable credo devait être considéré comme appartenant à la communauté musulmane. Si ce credo se révèle à un examen plus attentif, pur de toute innovation grave, évitant prendre part aux différends survenus entre les compagnons durant la grande fitna de 35 à 41 H, on considèrera celui qui le professe comme un unitaire sunnite. Dans le cas contraire il conviendra de le ranger dans l’une des familles dissidentes de l’Islam.

            Schismes et confessions :

            Dès le début  les schismes islamiques ne sont pas éveillés sur des écueils de controverses théologiques, mais avant tout sur des querelles juridico-politique liées à la succession temporelle du prophète. L’élément théologique vient par la suite légitimer et confirmer les positions politiques préalablement prises.

            Alors que cette succession n’avait pas été prévue à l’avance pour la partie majoritaire, le seul principe admis – et rendu exécutoire par le choix d’Abou Bakr comme premier  Calife –  est le mode d’élection. La partie minoritaire refusant le principe électif était partisans de la succession héréditaire du cousin et gendre du prophète Ali, nominalement désigné selon eux dans une disposition testamentaire.

            Le meurtre du troisième Calife Othman va accentuer les querelles lorsqu’il fut exploité par ses parents Omayyades afin de remettre en question le titre de l’Imam Ali (quatrième Calife) au Califat. Les rapports plutôt ambigus à propos des exemplaires du Coran levés aux pointes des lances à Siffin et de la rencontre des médiateurs qui s’en suivit  confirment que Muawiya (Premier souverain accédant au pouvoir après le meurtre du quatrième Calife Ali) et ses partisans ont dupé le médiateur envoyé par l’Imam Ali.

            Les querelles qui s’en suivirent étaient le résultat de plusieurs facteurs :

. L’assassinat de l’Imam Ali par un de ses anciens partisans

. La prise de pouvoir par Mou“awiya et l’introduction du principe de la succession héréditaire

. La succession de son fils Yazid à qui on attribue des coutumes et des pratiques comme l’ivrognerie et le dévergondage

. Les soulèvements conduit par le petit fils du Prophète l’Imam Hussein contre Yazid et son écrasement par l’armée Omayyade, durant l’affrontement l’Imam Hossein a été assassiné sauvagement.

. L’envoi par Yazid d’une armée mettant à sac Médine la ville du Prophète, et ensuite assiégeant la Mecque et la bombardant de blocs de rochers.

            Tous ces facteurs auxquels s’ajoute le problème de la succession du Prophète ont abouti à  la division des musulmans en trois groupes Sunnites Chiites et Kharijites. Dressés les uns contre les autres pendant longtemps, leurs partisans ont lancé des accusations injurieuses allant jusqu’a maudire quelques compagnons du Prophète ou à excommunier ceux qui ne partagent pas leur même doctrine.

            A cette division des musulmans en trois grandes tendances, se développe ensuite un nombre important des disciplines intellectuelles, lesquelles sont apparues au cours d’une longue histoire chargée d’événement politiques et contacts avec la pensée philosophique grecque. Assez vite la polémique autour de la succession temporelle du prophète ne sera plus au centre de la problématique. Sans être jamais passée sous silence, elle cédera le pas aux questions touchant Dieu lui même, et les actes humaines en regard de Dieu, la prophétie, les fins dernières.

            Dressées les unes contre les autres et parfois même mutuellement condamnées, chacune de ces familles se présentent comme la détentrice par excellence de la vérité révélée. Beaucoup ont disparu au cours de l’histoire mais quelques unes, les plus anciennes, ont subsisté jusqu’à nos jours. Au Liban ces familles islamiques se répartissent en trois communautés principales : Sunnite, Chiites auxquelles se rattachent juridiquement (du point de vue de statuts personnels) les Alaouites, et les Druses.

                        Les Sunnites :

            Le mot : Dérivé de l’arabe de سنًّة    le mot  a pour signification : conduite, manière de vivre et d’agir. Employé dans le sens de     سنًّة النبيle mot désigne sur le plan stricto sensu, la conduite permanente du Prophète qui consiste : soit en une parole, soit en un acte, soit en un silence  (qui est considéré comme un état de fait aussi expressif que l’acte).

            Confirmer son attachement au Sunna  du Prophète  cela signifie – dans un sens- devenir sunnite.  Les divers appellations du Sunnisme  ” ahl al sunna wa-l-jama a,  ahl al kitab wa-l-sunna, ahl al-hadit, ahl al-jama ah, ”  témoignent  de l’attachement des sunnites au Livre sacré, à la tradition du Prophète, au rassemblement communautaire ou au consensus et au caractère électif du Calife.

            Le Sunnisme est un regroupement communautaire, une réunion des disciplines intellectuelles proches, plutôt qu’une grande communauté indivisible. On trouvait les premiers éléments de cette doctrine chez les plus grands traditionalistes et jurisconsultes de la deuxième siècle de l’hégire.    Les premiers concepts apparaissent comme une sorte de déclaration commune auxquelles s’inscrivent  les grands savants de l’époque.  Ceux-ci déclaraient :

            ” Nous nous abstenons ensuite d’intervenir dans les querelles qui ont pu surgir entre les compagnons du Prophète. .. On ne devra donc pas regarder le Livre de Siffin, ni celui de la bataille du Chameau, ni celui de la bataille de la Maison, ni aucun des livres consacrés à d’autres querelles qui ont pu surgir entre les compagnons du Prophète; On ne doit pas recopier ces livres, ni pour soi-même ni pour les autres. On ne doit pas les recevoir d’un autre, ni les lire à un autre, ni les entendre de ceux qui les transmettent.

            Cet attachement à la vie communautaire plus qu’à l’esprit du parti marque le Sunnisme par un comportement social particulier. Celui-ci le situe entre les harijites qui exterminent la communauté pour venger la justice, et les Chiites qui privilégie la sauvegarde de la légitimité au détriment de la paix sociale. En vertu de ses principes fondamentaux  le Sunnisme enseigne  l’obéissance aux autorités de fait, tant qu’elles mêmes n’ordonnent pas de désobéir à Dieu et à son Prophète, ainsi qu’il privilégie le maintien de la paix communautaire sur la revendication intransigeante de la justice sociale.

            Leurs littératures doctrinales par delà de se passer sous silence les problèmes du fitna, se définissent par une profession de foi commune : affirmation de l’existence en Dieu, d’une pluralité d’Attributs – décrire Dieu comme lui même s’est décrit dans le Coran et comme le prophète l’a fait dans la Sunna : (rien n’est semblable à Dieu). Dès lors que le sunnisme se présente comme l’introducteur d’une voie moyenne conciliante et intermédiaire, un trait d’union entre thèses opposées et extrêmes : Celles des anthropomorphistes traditionalistes qui soutenaient que Dieu est un corps défini, ayant largeur, hauteur, longueur, de dimensions égales, capable de mouvement et de repos pouvant se lever et s’asseoir, et les rationalistes mu“tazilites (spécialiste de l’interprétation métaphorique) pour qui Dieu est sans égal, il n’est pas substance corporelle, il ne peut être défini par mesure ou par mouvement, il n’a pas de lieu qui l’entoure ni de temps qui  le détermine. Les sunnites admettent les textes anthropomorphistes comme étant vrais quant à l’affirmation d’existence, mais doivent être interprétés (selon le principe que Dieu ne ressemble à aucune forme sans demander ni pourquoi ni comment )

            A la profession de foi s’ajoute la détermination de celles qui constituent en droit musulman ses sources principales : Coran,  Sunna, raisonnement analogique et consensus . Ainsi qu’on ajoute les questions politiques “siyasa” qui consiste à la reconnaissance de la légitimité des quatre premiers Califes dans leur ordre de succession chronologique : Abou Bakr, “Umar, “Utman et “Ali. Chacun de ces quatre Califes doit sa désignation au libre choix  ihtiyar et non pas à un texte  nas  coranique ou hadit.

            C’est ainsi  par des mêlés juridiquo-politiquo-théologique que se développe dans le Sunnisme deux écoles théologiques principales Achaarisme et Maturidisme et quatre écoles juridiques Hanafisme, Malékisme, Chaféisme et Hanbalisme.

            Quoique l’origine des Sunnites libanais est malaisée à préciser, néanmoins ceux-ci remontent d’une part aux convertis chrétiens – qu’elles étaient d’origines arabes ou non – passés à l’Islam au début de la conquête, et d’autre part aux tribus arabes  perses et turcomans, nomades, sédentaires ou sédentarisés, dont la conquête n’avait fait que fondre les normes dans l’ambiance culturelle générale.

            Les premiers peuplements  furent amenés au Liban par Mu awiya et plus largement encore par Abdulmalik b. Marwan, afin de peupler les villes côtières, vidées de ses anciens habitants,  et constituer des marches contre    les attaques extérieures. D’autres implantations se succédèrent avec l’arrivée des Abbassides, notamment celle des Tannouh qui se répandirent à proximité de Beyrouth dans ce qu’on appellera le Garb, et dans le Wadi Al Taym au pied de Mont Hermon. Plus tard au début du XIIe siècle les Ma an originaire d’Arabie (passés plus tard à la foi Druse) vint s’installer au Beka a puis au Chouf. Les Mamlouk grands vainqueurs des Croisés implantèrent à leur tour des populations entières composées des Kurdes et turcomans dans le Nord de Beyrouth et à Tripoli.

            Avec les Mamlouk s’achève ou presque les implantations de nouvelles communautés et s’ouvre la période de l’affermissement des grands familles religieuses qui joueront plus tard un rôle déterminent dans l’histoire du Liban.

            Quoi qu’il ait d’origine arabe, perse et turcomans, l’Islam libanais – support du pouvoir sultanien- est resté maître de Tripoli, de Beyrouth et de Sayda. Dans la région de Tripoli les sunnites ont débordé vers Akkar, et de Beyrouth vers le Chouf. Tandisqu’une implantation fractionnée se trouve installée dans les petits centres secondaires qui longent la dorsale libanaise du arkoub (au Sud) au Akroum (au Nord) sur la frange occidentale de la plaine intérieure (Bekaa), et au nom de merjayoun, Hasbaya, Rachaya, Zahlé, El Hermel .

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