Mon discours lors de ma remise du ” prix du Vice Secrétaire Général des Nations Unies Sergio Vieira de Mello 2010 à Cracovie en Pologne
Mon discours lors de ma remise du ” prix du Vice Secrétaire Général des Nations Unies Sergio Vieira de Mello 2010 à Cracovie en Pologne
Excellences, Mesdames, Messieurs
Je tiens à remercier tout d’abord les organisations officielles et les personnes qui nous ont permis d’être parmi vous, et d’être sélectionné pour recevoir le prix Sergio Vieira de Mello pour l’année 2010. Je pense tout particulièrement à son excellence l’Ambassadeur de Pologne au Liban et à tous les membres du jury qui nous honorés par cette haute distinction.
La première personne à laquelle je pense en ce moment, et à tout moment, est La Sainte Marie à laquelle je dédie ce prix. La Sainte Vierge que je peux désigner sans commettre une faute dogmatique sous le nom de “La Première femme de l’Univers” n’a pas été seulement l’inspiratrice de nos actions dans le domaine du dialogue islamo-chrétien. Elle est aussi Notre Mère accueillante qui entoure par sa présence spirituelle les hommes et les femmes du monde entier.
Cette distinction que vous avez bien voulu nous décerner est adressée au-delà de nos idées et nos actions, à toutes les personnes qui – en dépit des difficultés et des risques encourus – ont cru à un idéal de vie que partageraient les générations futures. Combien de fois ces hommes et ces femmes, porteurs d’espoirs et passeurs d’espérance, ont été mal compris, marginalisés et confrontés à des épreuves difficiles et pénibles allant même jusqu’ à risquer leurs propres vies. Le progrès dans beaucoup de domaines ne s’est-il pas réalisé grâce à l’action de ces hommes de demain courageux et déterminés à poursuivre leurs actions pour le bien être de l’humanité? C’est à ces personnes que je pense aussi et je m’incline par respect en recevant cette haute distinction de votre organisation.
Ma contribution dans le domaine du dialogue islamo chrétien n’a été en grande partie que le fruit de mon appartenance à un pays multiconfessionnel qui est le Liban. Je rends grâce dans ce petit pays à la présence des chrétiens à côté de leurs frères et concitoyens musulmans. Chaque libanais est fier de sentir qu’au fond de lui il y a une partie de l’autre. En tant que musulman je porte en moi partout où je me trouve cette partie chrétienne qui est ancrée en moi et qui est aussi enracinée dans la mentalité collective et individuelle des musulmans libanais. L’exemple concret à cette présence de l’autre était précisément notre action commune à faire de la fête de l’annonciation une fête nationale islamo-chrétienne.
Ma première démarche en ce domaine était ma contribution à éclaircir et à mettre en évidence la place qu’occupe la Sainte Vierge dans le Coran. Le nom de Marie est évoqué trente-sept fois dans le Coran auquel s’ajoutent des versets coraniques glorifiant sa conduite sans mentionner son nom. Une sourate du Coran porte aussi son nom. Le Coran va même plus loin que la simple invocation de son nom puisqu’il la place dans le rang le plus élevé parmi toutes les femmes de l’univers. Une parole du Prophète Mohamed confirme que dans l’au-delà Marie occupera aussi la première place à la tête de toutes les femmes du paradis.
C’est précisément en pensant à cette place de première importance, que je n’ai pas cessé d’orienter mes idées dans le domaine du dialogue islamo chrétien. Je me suis toujours référé à l’importance de cette place pour dire que rien du point de vue dogmatique n’empêche le musulman à partager avec un chrétien un sentiment d’amour et d’affection envers la Vierge Marie et son fils Jésus Christ.
Le Prophète Mohammad n’a-t-il pas souligné à plusieurs reprises en parlant du Christ qu’il est son frère dans la mission prophétique? Le Coran n’a-t-il pas parlé de l’Evangile comme étant un guide et une lumière et a dit du Christ qu’il est né de l’Esprit de Dieu?
L’histoire de l’annonciation relatée dans les deux textes sacrés : l’Evangile et le Coran est presque identique et parle de l’envoi de l’Ange Gabriel à la Sainte Vierge pour lui annoncer la bonne nouvelle. Celle-ci s’est concrétisée par la naissance sans aucun rapport et liaison intime d’une personne attendue qui est le Messie Jésus Christ.
Dans d’autres circonstances et en relation avec la foi juive, le Prophète Mohammad n’a-t-il pas demandé aux musulmans de célébrer en jeûne le jour qui commémore la traversée de Moïse et son peuple la mer rouge. A ce jour-ci correspond dans le calendrier musulman le jour d’Achoura. L’idée donc de partager la joie avec l’autre différent de nous par sa foi religieuse abrahamique n’est pas étrangère à l’Islam.
A mes idées prônant le partage avec l’autre ses joies s’est rallié, presque en même temps, un rêve d’un chrétien libanais qui voyait une assemblée de fidèles composés des musulmans et des chrétiens réunis ensemble pour une prière commune. A la question “comment faire?” posée par ce rêveur chrétien qui n’est d’autre que Nagy Khoury, le théologien musulman fervent défenseur du partage de l’amour de Marie qui est moi, a rendu son verdict sans équivoque : “il n’y a que Marie qui peut nous unir et nous réunir”. De la fusion de ces idées et de ce rêve est née la rencontre islamo-chrétien autour de Marie célébrée le jour de la fête de l’annonciation décrétée fête nationale et chômée grâce aux efforts de ces partisans.
Depuis, cette fête qui était presque oubliée par les chrétiens libanais est devenue une journée de grand rassemblement à laquelle les masses des chrétiens remplissent dorénavant les églises dans toutes les régions du Liban. Les Musulmans sans passer sous silence leur amour pour la Vierge l’ont mieux exprimé par des chants religieux et invocations formulées à l’intention spécifique de la Vierge. Des assemblées de fidèles musulmans et chrétiens se précipitent chaque année pour écouter ces invocations et lever ensemble leurs mains pour s’adresser à un seul Dieu et à travers une seule Sainte demandant la protection de leurs vies communes et la sauvegarde de leurs pays le Liban.
Une culture nouvelle est née partout et pour la première fois de l’histoire. Ses traits spécifiques se dessinent autour de la rencontre des fidèles issus de deux religions différentes pour implorer et fêter ensemble un événement commun relaté presque similairement dans leurs deux textes sacrés. Au-delà de leur présence pour des motifs religieux communs nous pouvons parler dorénavant d’une expression collective de leurs engagements de vivre ensemble dans un même pays en harmonie et en respect mutuel.
Le dialogue islamo-chrétien qui était en grande partie théorique et moins fécond a trouvé grâce à de telles initiatives une porte de sortie pour ne pas s’enfermer à des élites hautement qualifiées. La multiplicité des actions pratiques donnera une relance aux efforts de ces hommes de dialogue et les poussent à extraire des solutions pratiques dans leurs écrits rangés faute de se répéter ou par crainte d’être oublié.
Dans notre siècle où la haine de l’autre continue à faire des ravages, poussant même quelques extrémistes religieux initiés à l’interprétation déformée et sectaire des textes religieux à scander leurs haines à la religion de l’autre, brûlant ses livres sacrés et maltraitant ses fidèles, la Pologne et votre fondation ont décidé autrement. Votre action d’attribuer ce prestigieux prix à deux personnes croyant au dialogue islamo-chrétien et œuvrant pour le renforcement des liens qui unissent les musulmans et les chrétiens où qu’ils se trouvent dans le monde, ne peut qu’être saluée, applaudie et encouragée.
Nous sommes déterminés, plus que jamais, mon associé Nagy Khoury et moi dans cette idée et dans ce prix, à poursuivre ce chemin qui n’est que l’aboutissement des idées diffusées par des hommes et des femmes sincères et courageux qui nous ont ouvert cette voie, pensant tout particulièrement à cette occasion, à cet homme “de droit de l’homme” qui vous avez bien voulu consacrer le nom à votre prix ” Sergio Vieira de Mello” .
Je vous remercie.