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Colloque à Marseille (Office International de l’Enseignement Catholique OIEC) : Le rôle positif des religions dans la construction de la fraternité humaine

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Colloque à Marseille (Office International de l’Enseignement Catholique OIEC) : Le rôle positif des religions dans la construction de la fraternité humaine

Le rôle positif des religions dans la construction de la fraternité humaine

Le thème de notre colloque étant très vastes, je me limiterai dans mon intervention à explorer le rôle de l’amitié dans la construction de la fraternité humaine. J’ajouterai à ce choix, la nécessité, pourque la fraternité humaine s’accomplisse, d’éduquer nos enfants sur l’acceptation de la diversité dans son sens le plus large. Dans les deux aspects de mon intervention je me réfère à des exemples concrets tirés de notre histoire commune islamo-chrétienne.

En affichant dès le départ mes préférences thématiques, je traiterai ce sujet sous l’angle des deux points, la première étant intitulé « Amitié et respect de la diversité au secours de la fraternité humaine » et l’autre a pour titre : Les œuvres de fraternité entre musulmans et chrétiens au Liban.

A la lecture de l’Evangile de Saint Mathieu au sujet du sermon sur la montagne, nous apprenons que Jésus à la vue des foules, monta sur la montagne, s’assit, ses disciples s’approchèrent de lui et prononça un discours éloquent et chargé d’éthique universelle le plus noble. Six siècles après le sermon de la montagne, le Prophète de l’islam, à la vue des dizaines de millier de ses compagnons qui l’accompagnaient à son dernier pèlerinage, prononce un discours appelé le sermon de pèlerinage d’adieu. Le contenu de ce sermon trace les grandes lignes d’une conduite humanitaire exemplaire, en évoquant les mêmes règles d’éthiques universelle. Parmi les grandes lignes de son discours, on lit :

« Vos vies et vos biens sont sacrés pour vous jusqu’à ce que vous rencontriez votre Seigneur. Rendez les biens qu’on vous a prêtés à leurs propriétaires de droit. Ne faites de mal à personne de façon à ce qu’on ne vous fasse pas de mal. Souvenez-vous qu’un jour vous rencontrerez votre Seigneur et Il vous demandera des comptes sur vos actions en ce monde.

Tous les droits (à la vengeance) découlant des homicides d’autrefois sont désormais interdits. Est-ce que j’ai bien transmis ?

O gens ! Vos femmes ont des droits sur vous et vous avez des droits sur elles, vous les avez épousées étant responsables devant Dieu et vous avez rendu votre relation avec elles licite par la parole de Dieu. Craignez donc Dieu dans votre attitude envers elles et préservez-vous de Sa punition. Apportez-leur donc le plus grand bien. Est-ce que j’ai bien transmis ?

Les croyants sont des frères ! Ne redevenez pas après moi des mécréants qui s’entretuent, car je vous ai laissé quelque chose qui vous préservera à jamais de l’égarement, si toutefois vous vous y attachez : le Livre de Dieu

O gens ! Votre Seigneur est unique. Votre père est unique. Vous êtes tous issus d’Adam et Adam est issu de la terre. Le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est celui qui Le craint le plus. Nul Arabe n’est meilleur qu’un autre que par la crainte de Dieu. Est-ce que j’ai bien transmis ?

Vingt siècles après le sermon de la montagne, et quinze siècles environ après le sermon du pèlerinage d’adieu, le Pape François et le Grand Imam d’Al Azhar Ahmad Al Tayeb, signent le document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune. Le texte de ce document peut être considéré comme le texte le plus complet sur les accords et les points de vue communs qui s’intéresse au-delà des deux religions, aux règles d’éthiques universelles et aux valeurs humaines que partagent l’humanité toute entière.

I – Amitié et respect de la diversité au secours de la fraternité humaine

Je ne vais pas me tarder sur le texte de la fraternité, Vu le temps court qui m’est accordé. Cependant je vais souligner le rôle de l’amitié qui a joué discrètement en faveur de ce document. Avant la signature du texte sur la fraternité humaine plusieurs lettres ont été échangées entre le Pape et l’Imam d’Al Azhar. Sans cette amitié, ce document n’aurait probablement pas existé.

En parlant de cette amitié, je prends exemple la relation qui a lié le grand maître soufi musulman Ibrahim Bin Adham, et le moine chrétien Samaan au septième siècle de notre ère. Les récits historiques de cette amitié mettaient l’accent sur les visites répétitives du maître soufi à son ami le moine dans la montagne libanaise. Les échanges entre ces deux religieux ont influencé et marqué sans doute les deux mysticismes chrétiens et musulmans pendant les siècles à venir.

J’ajouterai aux profits qui a été tirés grâce à cette amitié entre Ibn Adham et le moine Samman dans l’épanouissement du mysticisme musulman et chrétien, une autre amitié qui a joué en faveur du maintien des chrétiens au Liban. Cette amitié a lié Imam Al-Ouzaai, le précurseur de la convivialité islamo-chrétienne à des nombreux chrétien libanais aux septièmes siècles. Outre sa fatwa d’interdire aux musulmans d’acheter les terres appartenant aux chrétiens pour ne pas les encourager à quitter le Liban, il a défendu avec beaucoup de courage les Chrétiens du Mont-Liban contre la terreur du gouverneur Abbasside de Damas au risque d’être décapité à plusieurs reprises. Dans d’autres circonstances il disait aux chrétiens qui venaient le voir en lui soumettant des cadeaux : « Si vous voulez que j’intervienne en votre faveur reprenez vos cadeaux, sinon, et si vous persister à me les offrir, je n’écrirai rien pour soutenir votre cause ». A sa mort plusieurs dizaines des milliers chrétiens libanais ont participé à ses funérailles en dispersant de la cendre sur leurs têtes, signe de tristesse.

Je mentionne aussi la grande amitié qui a lié les deux plus hautes autorités religieuses musulmanes et chrétiennes à l’époque ottomane. Un jour, le Sultan voulait promulguer un « firman (décision prise par le Sultan) » obligeant tous les chrétiens de se convertir à l’islam. Le Cheykh El Islam (la plus haute autorité religieuse islamique) a prévenu son ami l’Archevêque d’Istanbul et sont allés ensemble voir le Sultan pour lui demander l’abrogation de sa décision. Le Sultan a fini par accepter leur demande et annuler son ordre.

Après le rôle de l’amitié, passé sous silence dans la conclusion de ce document sur la fraternité humaine, nous observons le principe conducteur que les deux prélats ont manifesté pour le respect de la pluralité et diversité des personnes qu’elle soit raciale, ethnique linguistique, politique, religieuse ou même athées.

Cette diversité et pluralité de la race, de la langue, de la couleur, et même de la pensée trouve ses racines islamiques dans le Coran même. Cette pluralité n’est pas seulement tolérée ou admise mais elle revêt un caractère obligatoire voulu par Dieu depuis la première création de l’humanité.

Dans le Coran nous lisons : « Et parmi Ses signes, la création des cieux et de la terre et la variété de vos langues et de couleurs. Certes il y a là des preuves pour les savants. » Il dit aussi : « Et si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule nation. Or, ils ne cessent d’être en désaccord (entre eux, et c’est bien pour être si différents qu’Il les a créés, et la parole de ton Seigneur s’accomplit ». Le but de cette diversité voulue par Dieu n’étant que de mettre en défi la race humaine pour savoir si les humains sont capables d’établir des relations fraternelles entre eux malgré leurs différences. Le Coran dit : « Ô peuple, nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et nous avons fait de vous des nations et des tribus, afin que vous vous connaissiez. »

Il était donc tout à fait normal que l’islam et le christianisme se rencontrent sur les mêmes objectifs humanitaires et universels. Non pas pour exclure les autres religions, mais pour les encourager à adopter la même conduite. D’ailleurs l’islam évoque la torah avec des termes éloquents et respectueux : « Nous avons fait descendre la Thora dans laquelle il y a guide et lumière. C’est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Dieu, ainsi que les rabbins et les docteurs jugent les affaires des Juifs ». Allant plus loin pour inclure tous les croyants, le Coran dit : « Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les chrétiens, et les sabéens, quiconque d’entre eux a cru en Dieu, au Jour dernier et accompli de bonnes œuvres, sera récompensé par son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et il ne sera jamais affligé ».  Dans le discours coranique, Dieu s’adresse aussi à l’ensemble des genres humains et exige de s’entretenir avec tous les individus des relations amicales basées sur la moralité l’égalité et la justice. L’imam Ali dit : « Les gens sont de deux sortes : soit ils sont vos frères en religion, soit vos égaux dans la création.

S’inscrivant à cette idée d’admission de la diversité, le Prophète de l’islam croyait à la sincérité, à la justice et à la bonne fois des chrétiens. Lorsque ses compagnons ont fui l’oppression des polythéistes mecquois ils sont réfugiés en Ethiopie. Le Prophète les a demandé d’immigrer en Abyssinie, car citant ses paroles, ce pays est gouverné par un roi chrétien juste. Après que le Roi Négus leur a donné la sécurité de s’établir dans son royaume, il leur a dit en écoutant le verset coranique sur Marie : « les paroles de l’Évangile et celles du Coran avaient la même source ».

Ce respect de la diversité pour être complet et véridique, passe par la reconnaissance aux groupes différents la liberté de la croyance et de l’exercice de leurs pratiques religieuses selon l’enseignement de leurs religions. L’exemple le plus significatif à ce sujet lorsque le Prophète de l’islam a accueilli la délégation des patriarches chrétiens de « Najran », dans sa propre mosquée sacrée à Médine. Ces patriarches, comme on raconte dans les récits historiques, étaient entrés dans l’enceinte de la mosquée avec leurs croix et leurs ornements religieux. Lorsqu’ils voulurent sortir de la mosquée pour prier, le Prophète leur a demandé de célébrer la messe à l’intérieur même de la mosquée. Ainsi d’un côté prièrent les Musulmans, et de l’autre, la délégation des patriarches chrétiens.

Parmi les autres témoignages du respect de la diversité religieuse, l’histoire retient la conduite de la deuxième Calife de l’Islam Omar Ibn Al-Khattab. Celui ci as refusé de prier à l’intérieur de l’église de la Résurrection à Jérusalem par crainte que les Musulmans ne la considèrent par la suite comme une mosquée et ne disent : Ici pria Omar.

Aussi une autre histoire de la grande tolérance entre musulmans et chrétiens qui s’est déroulé pendant la période de la dynastie des Omeyyades. Bien qu’elle fût marquée par la conquête et les guerres qui ont opposé les arabes à l’Empire byzantin, néanmoins l’histoire nous raconte l’événement qui s’est déroulé lors de la conquête de Damas et plus particulièrement l’ancienne église de Jean Baptise. La moitié de l’église a été prise par la force militaire, tandis que l’autre moitié a été épargnée suite à un accord de paix conclu entre les chefs militaires musulmans et chrétiens. Dorénavant une église et une mosquée se partagent le même lieu pendant 72 ans. Lorsque les Musulmans sont devenus très nombreux, les Chrétiens ont accepté que leur église de Saint Jean, soit échangée contre des terres musulmanes. Les Musulmans ont pu agrandir leur mosquée et ainsi fut «la mosquée Omeyyade». Les Chrétiens ont bâti leur église, et ainsi fut l’église de « Thomas et Marie ».

II- Les œuvres de fraternité entre musulmans et chrétiens au Liban

Lors de la visite de l’ancien Roi Saoudien Faysal au Liban, il s’est adressé dans une assemblée des libanais en disant que les pays arabes ressemblent à un château construit dans un endroit élevé, toutes les chambres sont occupées par les 21 pays que composent la ligue arabe, sauf le Liban qui ne possède aucune chambre. Le président de la république libanaise de l’époque Sulaiman Frangié proteste et se prête à partir, le Rois Faysal prend sa main, le fait s’assoir, et il s’adresse à l’assemblée en disant : « Le Liban est plutôt la vitrine du château qui donne sur le monde entier ». Quelques décennies plus tard le Pape Jean Paul II s’adresse aux Libanais en leur disant : « le Liban est plus qu’un pays, est un message ». Les deux phrases celles du Roi Fayssal et du Pape Jean Paul II ont la même signification qui attribue au Liban le rôle de précurseur de la vie commune entre musulmans et chrétiens.

Au Liban existent 18 communautés religieuses, qui se côtoient et vivent malgré tous les défis une expérience fertile de fraternité et savoir vivre ensemble. Dans cette vie commune les musulmans et les chrétiens vivent en grande harmonie mais perturbée de temps en temps par des heurts imposés par l’étranger. Le pacte national à l’origine de l’indépendance du Liban a été proclamé suite à un accord entre les musulmans et les chrétiens. Depuis l’indépendance, une multitude des projets ont été mis en œuvre pour renforcer les liens fraternels entre les communautés. Parmi ces projets qui ont été élaboré dans un contexte éducatif multireligieux sont :

  1. L’enseignement à double voie adopté par l’université Saint Joseph – plus particulièrement à l’institut d’études islamo chrétien. Deux prélat religieux musulmans et chrétiens se partagent en même temps les cours d’études. Les étudiants sont aussi d’appartenance religieuse diversifié. Sœur Mirna Farah est un exemple parfait issu de cette formation.
  2. Chaque année quelques écoles organisent pour les étudiants une compétition d’élire la personnalité la plus importante qui a marqué l’histoire du dialogue islamo chrétien.
  3. Des nombreuses écoles accueillent des étudiants de toutes les confessions, et plusieurs professeurs sont très souvent invités en dehors du cadre des enseignants, pour intervenir sur des sujets touchant les croyances religieuses partagées par les étudiants.
  4. Plusieurs associations religieuses, éducatives et sociales sont fondées pour renforcer les liens fraternels entre les groupes religieux diversifiés. Je prends exemple rapide de « Adian », « Darb Maryam », et tout « récemment Bysblos capitale du dialogue et de la vie commune entre musulman et chrétien ». Un organisme étatique composé des représentants des autorités religieuses intervient dans les situations importantes qui touche la paix sociale entre les communautés.
  5. Une radio Fm consacrée à la diffusion du Coran ayant pour objet de créer une télévision confessionnelle compte obligatoirement parmi ses membres d’administrations la moitié de confession chrétienne.
  6. Une organisation a été fondée au Liban en 2014 ayant pour titre MAAM, ou Rencontre islamo chrétienne pour les hommes d’affaires. Elle s’est organisée autour de l’idée que tant l’islam que le christianisme ont les mêmes règles d’éthiques qui touchent le monde du travail et qui se trouvent en harmonie complet avec la responsabilité sociale de l’entreprise. Cette organisation en se collaborant avec l’UNIAPAC qui regroupe 16 mille chefs d’entreprises catholiques dans le monde, a réussi à inviter au Liban cinq cent personnalité mondiale parmi les grands chefs d’entreprises.
  7. Une fête mariale de l’annonciation a été proclamée en 2010 par le gouvernement libanais comme étant fête nationale commune islamo chrétienne. Chaque année musulmans et chrétiens célèbre ensemble cette fête à laquelle sont invité des chefs religieux des deux confessions.
  8. « Une académie de l’homme pour la rencontre et le dialogue » a été approuvé par les nations unies en 2017 dont le siège est au Liban.

Avant de conclure, je souhaiterai vous faire part de deux projets qui me tiennent au cœur, le premier exigerait dans les pays à variante confessionnelle, islamo chrétienne en occurrence, la mise en place d’un programme d’études commun obligatoire d’une durée de plusieurs mois pour les futurs prêtres et imams. L’autre projet qui est visionnaire comme le premier mettrait en place des démarches ayant pour but le renforcement des liens d’amitiés entre les chefs religieux musulmans et chrétiens y compris la prise en charge d’une partie des frais de leurs voyages mixtes.

L’amitié et le respect de cette diversité ne doivent pas être ignorés ou passés sous silence dans l’éducation de nos enfants dans nos établissements scolaires. Telle est une des leçons à retenir pour tirer profit de notre document sur la fraternité humaine.

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