Statut de la parole de Dieu dans l’Islam
Statut de la parole de Dieu dans l’Islam
Notre sujet d’aujourd’hui concerne le statut de la parole de Dieu en Islam. Cela supposerait nécessairement, l’existence de la parole de l’homme. Or en saisissant notre faculté à parler et à communiquer nous saisissons en même temps les paroles divines. De l’autre côté, sans l’homme Dieu n’aurait pas être connu. « Moi », dit le Créateur dans un hadith qodsi, (c’est-à-dire comme nous allons voir plus loin des paroles dont le sens et le contenu vient de Dieu et les mots utilisés viennent du Prophète) « J’étais un trésor caché. J’ai voulu me faire connaître, j’ai créé ma créature pour qu’elle me connaisse ». C’est par un débordement d’amour et pour partager la connaissance qu’il a de lui-même, que Dieu a crée le monde. C’est dans cette création que Dieu se révèle, qu’il s’auto – communique. L’homme, l’Adam, se fit vrai « un miroir travaillé » dans la réflexion divine. Dans l’homme, à travers lui, le Dieu Absolu vient à prendre conscience de lui-même, et dès lors qu’il rentre en communication avec ses créatures :
- Tout d’abord il rentre en communication avec les matières premières qui vont former l’univers. Dieu dit dans le Coran : « Il S’est ensuite adressé au ciel qui était alors fumée et lui dit, ainsi qu’à la terre : « Venez tous deux, bon gré, mal gré”. Tous deux dirent : « Nous venons obéissants ».
- Puis il a révélé aux anges sa volonté de créer l’être humain et a engagé avec eux une discussion que nous trouvons son récit dans le Coran : « Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges : « Je vais établir sur la terre un vicaire. Ils dirent : « Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier ? » – Il dit : « En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas ! ».
- Et lorsque Dieu a crée Adam il a demandé aux anges de se prosterner devant lui, ils se prosternèrent à l’exception de Satan qui refusa, Dieu lui dit «qui t’a empêché de te prosterner devant ce que J’ai créé de Mes mains ? T’enfles-tu d’orgueil ou te considères-tu parmi les hauts placés ?
- Et Il apprit ensuite à Adam tous les noms (de toutes choses), puis Il les présenta aux Anges et dit : « Informez- Moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques ! » (dans votre prétention que vous êtes plus méritants qu’Adam). Ils dirent : « Gloire à Toi ! Nous n’avons de savoir que ce que Tu nous as appris. Certes c’est Toi l’Omniscient, le Sage ». Il dit : « Adam, informe-les de ces noms ». Puis quand celui-ci les eut informés de ces noms, Dieu dit : « Ne vous ai-Je pas dit que Je connais lesmystères des cieux et de la terre, et que Je sais ce que vous divulguez et ce que vous cachez ? »
- Puis Dieu dit : « Adam, habite le Paradis toi et ton épouse, et nourrissez vous – en de partout à votre guise; mais n’approchez pas de l’arbre que voici : sinon vous seriez du nombre des injustes ».
- Et lorsqu’ils ont mangé de l’arbre et reconnue leur fautes, Dieu a agréé leur repentir et il leur a dit : « Descendez d’ici, (Adam et Eve), [Vous serez] tous ennemis les uns des autres. Puis, si jamais un guide vous vient de Ma part, quiconque suit Mon guide ne s’égarera ni ne sera malheureux.
Depuis cet événement, Dieu a parlé aux hommes qui ont peuplé la terre. Mais Il s’est révélé à eux en se servant de leur propre parole par l’intermédiaire de ses guides qui sont les prophètes, les messagers de Dieu. La Révélation passe ainsi à travers ces prophètes par des paroles, par des actes et par une manière de conduite parfaite appelée à être imitée par les hommes. Leur parole humaine est transformée de l’intérieur par le souffle de l’Esprit et acquiert une profondeur nouvelle, divine, enseignement de Dieu sur lui-même. Les prophètes sont donc choisis par Dieu pour transmettre aux hommes le même message sur Dieu. Mais ce message varie dans sa forme : certains prophètes ont reçu des visions, qu’ils décrivent ensuite au peuple ou à certaines personnes en particulier, ou qu’ils écrivent eux-mêmes, tel que le Prophète Daniel dont les visions sont accompagnées de souffrances physiques intolérables. D’autres répètent ce que Dieu ou l’ange Gabriel ou le Saint Esprit leur a dit : «Je vais t’annoncer ce qui est écrit dans le livre de Vérité.» D’autres enfin laissent Dieu parler à son peuple par leur bouche : «Je ferai coller ta langue à ton palais, tu seras muet […] et lorsque je parlerai, je t’ouvrirai la bouche.» Et c’est de cette manière que Dieu a parlé par la bouche de Jésus alors qu’il était nourrissons. Le Coran raconte la crainte de la Sainte Vierge d’affronter sa communauté après la naissance de Jésus. Dieu en lui montrant la conduite à tenir a parlé dans la bouche de Jésus en disant à son peuple: « Je suis vraiment le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre et m’a désigné Prophète. Où que je sois, Il m’a rendu béni ; et Il m’a recommandé, tant que je vivrai, la prière et l’aumône ; et la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent ni malheureux. Et que la paix soit sur moi le jour où je suis né, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant”.
Les prophètes sont donc des hommes qui ne parlent ni par eux-mêmes ni pour eux-mêmes, mais qui ont été choisis pour être la voix de Dieu. Mais leur mission n’est pas simple et confortable ! La Parole de Dieu n’est pas à sa mesure, il est fait pour la recevoir et la transmettre et non pour la refaire à sa guise. Il doit le transmettre intégralement car sa crédibilité, son effet, ne dépendent pas de l’homme qui parle mais du message lui-même : «Tu leur diras toutes les paroles que je t’ai ordonné de leur dire ; ne retranche pas un mot 19.» Même si transmettre la Parole de Dieu serait mettre sa vie en péril (cf. Jr 26, 11), le prophète fait confiance à Dieu pour le protéger : «N’aie aucune crainte en leur présence car je suis avec toi pour te délivrer.»
Dans la confrontation de l’homme avec Dieu, l’Islam envisage Dieu tel qu’il est dans son absolu réalité : Unique, transcendant et immutable :
( قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ 1 اللَّهُ الصَّمَدُ 2 لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ 3 وَلَمْ يَكُن لَّهُ كُفُوًا أَحَدٌ 4 ) « Dis : Dieu est un. C’est le Dieu éternel. Il n’a point enfanté, et n’a point été enfanté. Il n’a point d’égal »
Dieu ne s’est pas manifesté à l’humanité sous une forme humaine, ni sous aucune autre forme. Il est dans son Essence inconditionné, incommunicable, inaccessible : ( ليْسَ كَمِثْلِهِ شَيْء ) « Rien ne lui ressemble ». (لاَّ تُدْرِكُهُ الأَبْصَار) « La vue ne saurait l’atteindre »
Si Dieu demeure inaccessible en son Essence, néanmoins il entre en communication avec les êtres, tant sur le plan de la création où se manifestent les signes de sa présence : (19وَفِي اَلأرْضِ آيَاتٌ لِّلْمُوقِنِينَ20 وَفِي أَنفُسِكُمْ أَفَلا تُبْصِرُونَ) « Que de signes sur la terre pour les Etres de la certitude ! Et que de signes en vous-même ! N’y porterez-vous pas attention ? ». Que sur celui du salut par des paroles révélées : (50 وَمَا كَانَ لِبَشَرٍ أَن يُكَلِّمَهُ اللَّهُ إِلاوَحْيًا أَوْ مِن وَرَاء حِجَابٍ ) « Dieu ne parle jamais à l’homme, si ce n’est par révélation ou derrière un voile.
L’homme avec les faiblesses et les limites de sa nature humaine, n’est pas considéré comme tel qu’il est devenu à la suite de cet événement significatif que le christianisme appelle : « péché originel » et « chute » – aucune action spéciale n’a perverti ni déformé la volonté humaine – mais tel qu’il est dans sa nature primordiale imparfaite : Dieu seul étant la perfection.
Doué d’intelligence mais d’une nature oublieuse et insouciante, l’homme ne peut pas s’élever seul spirituellement et découvrir par lui même la voie du salut. Il a besoin d’un rappel, d’une révélation divine ; c’est pourquoi Dieu a envoyé les Prophètes pour faire connaître à l’homme cette volonté, lui ouvrir les perspectives tant de la vie d’ici bas que de la vie future.
L’histoire prophétique de l’islam s’inscrit donc dans la même continuité. Lorsque Mohamed a quarante ans et, au cours d’une retraite au Mont Hirâ, près de la Mecque où avait l’habitude de venir prier Dieu loin des yeux de son peuple idolâtre l’ange Gabriel lui apparaît, et lui ordonne à plusieurs reprises de lire. Or Mohammed ne sait pas et ne saura jamais lire… L’apparition, l’ange Gabriel, finit par lui dire : «Lis au nom de ton Seigneur qui a créé tout, qui a créé l’homme au sang coagulé. Lis, car ton Seigneur est le plus généreux. Il t’a appris l’usage de la plume, Il a appris à l’homme ce que l’homme ne savait pas… ». Suite à cette révélation divine Mohammed redescend de la montagne. Son épouse, Khadidja, qui était la première à le croire et à le soutenir, le reçoit grelottant et répétant plusieurs fois le verset révélé : « Lis de par le Nom de ton Seigneur… » Elle questionne son époux avec douceur le réconforte et après l’avoir couvert d’un manteau va elle-même consulter son oncle Waraqa bin Nawfel. Celui-ci âgé, et aveugle (il mourra en 612 ou 613) est un chrétien sincère, connaissant les anciennes Ecritures. Waraqa qui, ému et exalté par le récit que lui fait Khadija de la vision de Muhammad, proclame à Khadidja « Gabriel est le Nâmus suprême, l’ange intermédiaire entre Dieu et les prophètes, qui leur apporte les messages de Dieu. C’est lui qui est venu trouver Moïse, ainsi que Jésus ; et, si ce que tu racontes est vrai, Muhammad ton mari est le prophète qui doit être suscité à la Mecque, au milieu des Arabes et dont il est fait mention dans les Ecritures ».
Or, dans cette Ecriture Parole de Dieu il était annoncé selon l’Islam la venue d’un Prophète descendant d’Ismaël fils d’Abraham. Dans le Deutéronome verset 33 nous pouvons lire ainsi : « Le Seigneur est venu du Sinaï ; il s’est levé à Seïr, il a paru sur le Mont Pharan et les Saintes Myriades (Les Myriades angéliques) étaient avec Lui. Il portait avec Lui en sa droite la Loi de Feu… ». Le célèbre orientaliste Henry Corbin indique en soulignant ce verset : tout l’intérêt d’avoir rassemblé les 3 théophanies majeures du monothéisme abrahamique et il met en perspective la Révélation telle que la situe l’Islam comme un continuum d’une même lumière. Le rappel d’un même message d’une même parole de Dieu. La théophanie sur le Sinaï réfère à la mission Prophétique de Moïse, la théophanie sur le Mont Seïr est le Mont Thabor réfère à celle de Jésus. Le Mont Pharan est le site de la grotte de Hîra où le Prophète de l’Islam reçut dans un éblouissement la parole de Dieu et l’ordre de prêcher l’Annonce qui lui est faite.
Après ce premier appel sur le mont Hira, et pendant vingt-trois ans, Mohammed reçoit régulièrement les versets d’une façon auditive. Il percevait un fort tintement de cloche, mais toujours dans des souffrances physiques qui n’est pas sans nous rappeler la souffrance du prophète Daniel, à tel point qu’il était saisi d’une fièvre si intense qu’une sueur abondante coulait de son front y compris pendant les périodes de grand froid. Il pâlissait et rougissait et tous ses membres tremblaient. Son corps s’alourdissait d’une manière telle qu’un jour son chameau ploya sous son poids.
Au moment de la révélation des versets, le Prophète les répétait afin d’en retenir le sens et les expressions. Dieu lui ordonna de s’abstenir d’user de ce procédé car Il lui appartenait de réunir la récitation et de la faire comprendre à Ses créatures : ” Ne remue pas ta langue en lisant le Coran comme si tu voulais hâter la révélation. Il nous appartient de le rassembler et de le lire. Suis sa récitation lorsque nous le récitons ; c’est à nous qu’il appartient son explication. »
L’ensemble des versets révélés sur le Prophète constitue le Coran. C’est la parole de Dieu même. « Le moindre verset, le moindre mot, la moindre lettre du Coran, c’est la Parole de Dieu. Toute citation du Coran est introduite par « Dieu a dit ». Le Coran n’étant pas un livre inspiré par Dieu, mais entièrement dicté par lui.
Il est Considéré pour les musulmans comme la dernière et la plus parfaite expression de la révélation monothéiste, mais aussi le garant de l’authenticité des messages antérieurs : « Il t’a envoyé le livre contenant la vérité et qui confirme les écritures qui l’ont précédé. Avant lui il fit descendre le Pentateuque et l’Evangile pour servir de direction aux hommes : (وَأَنزَلَ الْفُرْقَانَ ) « Il a fait descendre le livre de la distinction »
La révélation est donc pour l’Islam essentiellement la descente du Coran : expression exacte de la parole divine dans la matérialité des mots, des syllabes, des sons. Il revêt une valeur d’éternité, sacrée, absolue, unique, dans lequel Dieu a prévu la solution de toute chose : ( مَّا فَرَّطْنَا فِي الكِتَابِ مِن شَيْءٍ) « Nous n’avons rien négligé dans le livre ».
Après le Coran vient les paroles du Dieu transmis au Prophète non pas par des mots mais par une sorte d’inspiration. Ce sont les Hadiths Al qodsi que Mohammed rapporte directement au nom de Dieu. C’est en quelque sorte la parole de Dieu dite par le Prophète, comme ce Hadîth qui dit : «Mon serviteur a confiance en moi et moi je suis à ses côtés. S’il pense à moi, je pense à lui. S’il prononce mon nom en présence d’une assistance, je prononcerai le sien dans une assistance meilleure. S’il me fait don d’un présent si anodin soit-il, je le lui rendrai au centuple. S’il vient à moi en marchant, j’irai à sa rencontre en courant.» ou encore ce hadith dans lequel Dieu dit : « Mes créatures, je ne vous ai point crées pour combler Ma solitude, ni pour vous existiez nombreux autour de Moi, ni pour que vous M’aidiez à réaliser quelques taches qui M’auraient résisté, ni pour un profit quelconque ou pour M’éviter un mal, mais pour que vous M’invoqueriez beaucoup et pour que vous chantiez Mes louanges matin et soir »
Je passe maintenant à l’aspect théologique de la parole de Dieu.
C’est de cette idée simple et claire sur Dieu et ses paroles révélées dans le Coran que les premiers musulmans sont partis de Médine et se sont étendit en quelques décades sur un territoire très vaste, regroupant des pays intermédiaires sur les trois continents. Les difficultés qui s’y posaient, sont dès lors essentiellement d’ordre pratique, et non pas encore de nature dogmatique. Il s’agissait de résoudre les problèmes relatifs à l’organisation de l’Etat et non pas de chercher la réponse aux questions théologiques. Ainsi et sans doute plus que dans toute autre religion, la spéculation intellectuelle musulmane s’est elle d’emblée dirigée vers l’intelligence de la loi, et par suite, vers l’étude du droit plutôt que vers la théologie.
Cependant, au fur et à mesure que les musulmans s’avançaient au milieu du tumulte des controverses théologiques du monde gréco byzantin, des savants musulmans s’initiaient à la connaissance des matières relevant de la foi de l’Islam. Soucieux de défendre la formulation de cette foi contre les douteurs et négateurs ces savants s’érigent en groupes particuliers : « Uléma el-kalam, Mutakallimin, théologiens » rassemblés autour d’une doctrine enseignée « ilm el-kalam, ou apologie défensive ». Dès lors ce n’est pas étonnant que les théologiens musulmans aient choisi la science de Kalam ou paroles pour désigner la science de la théologie.
Dès lors qu’on commençait à s’interroger sur Dieu lui-même et sur ses attributs. On posait la question de savoir si Dieu est l’Etre suprême et qu’il est source de parole, l’on est nécessairement conduit à s’interroger sur le genre de lien existant entre la parole de Dieu et Dieu lui-même. Cela implique, dans le même ordre d’idée, de s’interroger sur la nature précise de cette parole éternelle de Dieu. Lorsque Dieu parle, qu’est donc cette parole, par rapport à lui ? Le mode de rapport entre Dieu et sa parole est-il identique, par exemple, à celui qui existe entre Dieu et le monde créé ?
Plus grave encore lorsqu’une polémique s’éclate autour de la question de savoir si le Coran parole de Dieu est éternel ou crée ? On sait déjà que le Coran que nous possédons est une copie dont le prototype ” Umm al-Kitâb ” (la Mère du Livre) est conservé au ciel sur une Table (lawh) bien gardée. Il est du point de vue phonétique, graphique et linguistique identique à l’original céleste. Dire que le Coran est une parole de Dieu éternel cela poserait le problème d’associer à Dieu une chose qui était éternelle comme lui, dire que le coran est une parole qui a été crée par Dieu selon les circonstances et les contextes de l’époque cela aboutira à le confondre avec les autres créatures mortels qui a un commencement et un fin.
Les deux points de vue se sont longuement affrontés, leurs partisans ont lancé des accusations injurieuses allant jusqu’à excommunier ceux qui ne partagent pas leur même doctrine.
Les Mouatazilites favorable à la thèse de la création du Coran soutenaient que la parole de Dieu ne constitue pas un de ses attributs de Dieu. Il ne pourrait pas être éternel. Or l’éternité est un des attributs de Dieu. Elle est l’exclusivité de Dieu : tout éternel est Dieu lui-même, dès lors qu’on ne peut pas concevoir aucune chose ou objet comme étant éternel. A cela s’ajoute le fait que le Coran contient des mots des syllabes, et des sons qui racontent des faits qui sont passés ou qui vont se réaliser dans l’avenir. Il relate aussi l’histoire des prophètes précédents et les événements qui se sont déroulés à leurs époques. Ces caractéristiques ne peuvent qu’être en contradiction avec la thèse de l’éternité de la parole divine.
En fait cette doctrine enseignée par les moatzilites fait partie de leur vision générale sur Dieu. Si elle a été condamnée, combattue et puis disparues c’est en raison des agissements des moatazilites tendant à soumettre cette doctrine à l’ensemble de la communauté et le faire partager par les gens ordinaires. Ceux qui soutenaient la doctrine inverse étaient condamnés frappés, humiliés et même tués.
A l’opposé de cette thèse, l’opinion majoritaire des théologiens musulmans, considère le Coran comme « parole éternelle et incréée de Dieu ». Dieu étant un « parlant », le Livre céleste dont est issu le Coran est présent de manière latente en Lui. Sous cet aspect-là, il est éternel et incréé. Il s’actualise cependant lors du phénomène de la Révélation. Il devient alors mots et versets. Sous cet aspect là, il est temporel. Si son acte d’Aujourd’hui s’accorde à sa parole d’hier, c’est parce que cette Parole n’a subi aucune altération. Elle est Incréée. Elle est aussi une révélation dans sa provenance et c’est seulement par le vécu dans l’histoire que les Prophètes peuvent la transmettre.
Cette discussion a duré durant des siècles Après la victoire des Hanbalites sur les Muatazilites, la solution fut élaborée par Ach’arî au 10e siècle : le Coran en tant que Parole même de Dieu (kalâm nafsî), est éternel et incréé; en tant que lu, récité et écrit (kalâm lafzî), c’est-à-dire sa matérialisation dans la bouche du croyant qui lisait et récitait le Coran, et dans les feuillets du recueil où il était écrit, il est créé. Il en va de même pour le continue du Coran c’est-à-dire ses « concepts » ou ma’ânî qui sont considérés comme la parole éternelle de Dieu et, comme tels, sont, éternels et incréés